Une grise matinée d’hiver

C’était un matin gris et morne du mois de janvier lorsque le réveil matin sonna. Romain ouvrit un œil déjà épuisé avant le début de la journée, et il regarda l’heure avec le vague espoir qu’elle indique une ou deux heures en moins, ou même dix minutes en moins, le temps de refermer les yeux. Mais non, le réveil était impitoyable comme à son habitude, indiquant 7h sonnantes, bientôt confirmé par les cloches sonnantes à l’extérieur. Il alluma la lumière et s’étendit un peu sur le lit, se jurant qu’il ferait très bref, juste le temps de respirer un coup avant qu’une nouvelle journée ne commence…

Au bout d’un moment hors du temps, il rouvrit les yeux en sursautant. Il s’était endormi sans s’en rendre compte. Un nouveau coup d’œil à l’horloge. Oh misère, déjà 7h17 ! Il se lève sans transiger cette fois-ci et court à la salle de bain se laver le visage, tout en remplissant une casserole et en la mettant sur le feu à bouillir. Il sort le fromage, le pain, le beurre, les marmelades et commence à déjeuner, en lançant de temps en temps un regard par la fenêtre au ciel encore noir, mais déjà gris dans sa noirceur, une autre journée de brouillard. L’eau bouille déjà et il se prépare un thé bien noir et bien sucré pour achever de se réveiller.

Il se lève de table pour terminer ses préparatifs avant de s’en aller au travail, jette son pyjama en boule sur le lit, s’habille de son jean sempiternel, se brosse les dents et se prépare à sortir de la maison.

C’est une matinée qui ressemble à toutes les autres. L’air est froid et vif et sec à l’extérieur. La nuit s’est presque entièrement dissipée, une épaisse brume l’ayant remplacée. Les arbres sont effeuillés, bruns ou noirs, leurs cimes touchant presque à la brume qui n’a pas de forme ou de consistance propre, juste une capacité à s’étaler, s’étaler, s’étaler, sans laisser un coin de ciel respirer. Il marche sur le trottoir à moitié congelé tandis que d’autres gens se pressent dans un sens ou dans l’autre, des parents accompagnant leurs enfants avant d’aller au travail, d’autres s’y rendant déjà. Les visages sont pressés, mornes, endormis. Les voitures défilent à côté, les phares encore allumés, rouges, jaunes, rouges, jaunes, rouges, jaunes, aveuglant ou aspirant la lumière et tout aussi tristes. Romain n’aime pas les voitures. Elles lui font venir la tristesse. Des cages de tôles rapides et grosses qui fument et envahissent tout. Il se faufile par un escalier pour y échapper avec une vue sur la cité, cette partie de Lausanne qui s’envole vers les cieux, où les tours de la cathédrale et des châteaux se dressent, habillées d’une fine couche de neige blanche qui tranche dans la grisaille du ciel et de la molasse et donne à ces édifices tout un volume, une consistance, dont manquent les autres bâtiments. Il marche et marche à grandes enjambées, il est un peu en retard mais il en a l’habitude. Maintenant il traverse le centre, les grandes places qui s’allongent à l’ombre de la cité, ouvertes aux vents qui s’y engouffre et souffle. Les gens se pressent encore plus, sur le pavé gris qui résonne un peu. Les pavés ont en tout cas une meilleure énergie que l’asphalte. Ils accueillent les pieds et les saluent dignement, tandis que l’asphalte ne semble reconnaître que les roues de voitures.

Romain se demande si retirer de l’argent, mais la longueur de la queue devant le distributeur automatique le dissuade immédiatement. La patience n’est pas son fort, loin de là. Il continue son chemin, sa marche forcée vers la prison qu’il a choisi.