Les îles cachées

Vieille maison du bas de la rue

Épicentre des rêveries de mon enfance

Pierres de sable, jaunes et chaudes

Usées par le temps,

Usées par la pluie et par le vent

Usées, mais solides, réconfortantes, inamovibles

Fenêtres aux persiennes de bois vert

Observer la rue et les passants

Sans en être vus

Majestueuses ogives laissant filtrer un peu de lumière

Vers un intérieur plein de mystères

Sombres escaliers, sous sols remplis de secrets, poussiéreux greniers

Balcons endimanchés de pots de terre cuite

Fleurs chatoyantes et plantes aromatiques

Petite dame accoudée aux balustrades finement travaillées

Et les vieux messieurs en pleine discussion

Scrutant la rue et fumant la pipe

Vêtements flottant dans le vent

La vie, la vie, la vie partout

Pendant les longues soirées d’été

Les rires se mélangent à la musique et aux chants

Bercés par le vent de la mer, la mélodie des cigales

Parfum de terre sèche, de raisin, d’olives et de figues

Sans oublier le printemps

Avec ses espoirs, ses joies, ses amours

Embaumés de jasmin, de fleur d’amandier.

 

Mais tout ceci n’est plus, ne sera plus

L’animal urbain agite sa tête, étend sa queue

Et efface le passé, irrémédiablement.

 

Maison autrefois riante et pleine de vie

Aujourd’hui drapée d’un vert linceul

Mon cœur s’arrête à cette vision

Ce sont les dernières heures du condamné

Demain, à l’aube,

Quand la nuit fera place au jour

L’animal urbain étendra ses griffes d’acier, infernales, impitoyables

La pierre sera broyée

Le bois déchiqueté

La vie tuée

 

 

Et la maison ne sera plus

Jour de deuil

Jour de cendre

Jour d’ignorance, d’ignominie et de barbarisme

Jour de folie.

 

 

Et la ville s’en retrouve métamorphosée

Ce qui était jardin est devenu parking

L’histoire est effacée

La pierre se volatilise

 

 

Maison autrefois riante et pleine de vie

Aujourd’hui drapée d’un linceul vert

Ce sont les dernières heures du condamné

Demain, à l’aube,

Quand la nuit fera place au jour

L’animal urbain fera feu

Et la maison ne sera plus

Jour de deuil

Jour de cendre

Jour d’ignorance, d’ignominie et de barbarisme

Jour de folie

 

 

La maison drapée d’un vert linceul

Des vers qui fourmillent à chaque angle de rue

De chaque lopin de terre rouge

Evoquant un passé de fertilité et générosité

 

Les petites dames au balcon

Et les vieux messieurs en pleine discussion

Scrutant la rue et fumant la pipe

 

Des images défilantes

Alors que mes pieds m’emportent

Rage, frénésie, tempête d’émotions

 

Les petits angles oubliés

Résistant encore, de toute leur âme, à la conquête

Délabrées, mais fières et résolues

Des petits coins de paradis

Oubliés, dissimulés, cachés, secrets, unique

La verdure partout

Un pin parasol rescapé, des lilas de perse, des pots et encore des pots

A différents niveaux

Des chassés croisés d’escaliers

De la pierre et encore de la pierre

 

Ce poème part dans tous les sens

 

Une maison sur le point d’être détruite

Avec tous ses souvenirs, ses émotions, ses évocations

Enterrons les triples arcades, les ogives, les voutes et les plafonds en bois

Les grands salons lumineux et paisibles

Qui sentent le bon vivre

Tout cela ne sera plus qu’un trou

Détruit par les lames infernales

Coup après coup

Attaque après attaque

Il ne restera que des décombres

Et de fugaces souvenirs

Ephémères dans la mémoire des vielles gens

Qui s’envoleront vite

Au gré des vents et du temps

Des coulées profondes de béton

Des bétonneuses, encore et encore

Transportant la montagne pilée en leur sein

Sillonnant les routes de Chekka à Beyrouth

Béton, béton

Et de l’acier et de la glace

Et des plantes dont le nom reste un mystère

Pour l’œil du paysan et du campagnard

Des plantes inutiles,

Rimant avec une société

Où rien ne se produit

Et tout se consomme

Construire une ville nouvelle, moderne

Le rêve urbain de tous les jeunes

Triste triste réalité

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