Maudite contrée

C’est l’histoire d’une contrée maudite
Où depuis de nombreuses années
Bombes et bulldozers se relaient
Pour défigurer, détruire et effacer
Le travail séculaire du vent et de la pioche sur le rocher.

Adieu les traditions, vive les innovations
Le modernisme importé, le rêve américain
Ne jurer que par le plastique et le béton, la tôle et l’asphalte
Chaque montagne mourra d’une carrière
Chaque vallée enfantera une décharge
Chaque fleuve vomira un filet d’eaux usées.
Les champs de parking et les vergers de tours
Remplaceront le cèdre au centre du drapeau.

Assis devant un coucher de soleil serein sur une mer limpide
L’optimisme m’abandonne pourtant
Dans un sentiment de dégoût et de rageuse impuissance.
Il y a tellement à faire qu’on ne peut rien y faire
Tout effort se heurte aux habitudes enracinées
À l’incompréhension, à la risée
Et je me sens aussi inutile que ces quelques vers.

Une forêt de problèmes se dresse, sombre et dense
Ses arbres sont touffus, leurs rameaux s’entremêlent
Et puisent leur source de vie les uns au sein des autres.
Pénétrant ces bois, le bûcheron se sent dépassé, désorienté
Sa peau est meurtrie par des nuées de puces
Des animaux sauvages l’assaillent de toutes parts
Il ne sait plus où donner de la tête
Il doit penser à survivre avant de songer à soigner,
L’instinct de détaler à toutes jambes le prend soudain
Fuir cette monstrueuse forêt
S’évader de ce lieu oublié par les dieux,
Ce n’est point la besogne d’un homme, se répète-t-il
Seule une goule, ou un titan, pourrait en venir à bout.